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 du liberalisme au déliberalisme

  • Mercredi 30/11/2016
  • 14:23
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L’économie ne se résume pas, comme l’ont souligné Karl Polanyi et Fernand Braudel, à une économie de marché : il y a aussi une économie publique et une économie propre à la société civile. En cette période de crise, où l’efficacité du marché et de l’État sont remis en cause, fleurissent de nombreuses initiatives solidaires.

On peut définir ces dernières comme des projets collectifs menés par la société civile en vue de démocratiser l’économie ; on pense ici aux monnaies sociales, aux systèmes d’échanges locaux, aux épiceries solidaires ou encore aux crèches parentales.

Parmi ces initiatives solidaires, « C’est qui le patron ?! la marque du consommateur » constitue un exemple concret de modes de régulation de l’offre et de la demande alternatifs.

Au départ, la crise du lait

Cette initiative prend sa source dans la crise du marché laitier où des oligopoles achètent la matière première à un prix ne permettant pas toujours de couvrir les coûts de production ; une situation qui pousse à un élevage industriel peu en phase avec les exigences des consommateurs en matière de qualité des produits.

Pour assurer une rémunération satisfaisante aux agriculteurs et offrir un produit de qualité aux acheteurs, l’association de consommateurs antigaspillage « Gueules cassées » a lancé, avec l’aide de Laurent Pasquier à l’origine du site Mesgoûts.fr, un projet participatif innovant.

Des producteurs de lait en grande difficulté (France 3, 2016)

L’idée est la suivante : le consommateur décide du prix et des conditions de production des biens qu’il achète, tandis que les producteurs s’associent collectivement pour répondre à un cahier des charges précis et contraignant, mais qui leur permet de bénéficier d’un prix plus élevé que celui du marché. Concrètement, ce jeu gagnant/gagnant – que l’on retrouve aussi dans le commerce équitable – passe par la création d’une instance de médiation (la marque de consommateurs) qui se charge à la fois de récolter les attentes des consom’acteurs, de faciliter l’organisation collective des agriculteurs et de trouver un distributeur (en l’occurrence Carrefour).

Pour connaître l’avis des consommateurs, la marque a utilisé un site Internet dédié qui permet grâce à un questionnaire de définir le produit souhaité tout en ayant connaissance du coût engendré par ce souhait. Prenons un exemple : pour un prix de base établi à 0,69 euros, le prix passe à 0,78 si le consommateur coche la case « rémunération permettant au producteur de se faire remplacer pour partir en vacances » et grimpe à 0,99 si l’on souhaite un produit garanti sans OGM avec des vaches passant plus de trois mois dans les près, nourries avec du fourrage local, etc. Ce prix de 0,99 euros n’est donc pas fixé par les mystères de « la main invisible », mais résulte d’un dispositif institutionnel recueillant les attentes des citoyens.

Défini de manière participative, ce prix, bien que plus élevé, est compris et donc accepté par les consommateurs. Il permet d’autre part aux producteurs d’obtenir une rémunération autour de 39 centimes de litre alors que l’accord signé de haute lutte cet été avec l’industriel Lactalis proposait un prix de 27,5 centimes en moyenne sur 2016.

Associer les différents acteurs

Si cette marque est novatrice par son dispositif, elle s’inscrit dans la même volonté d’associer producteurs et consommateurs en vue d’obtenir un avantage mutuel supérieur à ce qu’offre les arbitrages de marché, que l’on retrouve dans les Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne (AMAP).

Pour un développement durable qui satisfasse la planète, les offreurs et les demandeurs, le meilleur facteur d’allocation des ressources n’est donc pas l’ajustement dépersonnalisé de marché, mais la création d’une médiation favorisant une information et une prise de décision collective. Pour le dire autrement, les valeurs d’un produit ne se mesurent pas uniquement par la rentabilité économique, mais par les attentes sociétales des acteurs.

Mais comment connaître et concilier ces attentes très diverses ?

Trouver le juste prix. Site Internet lamarqueduconsommateur.com
La marque du consommateur offre une première réponse avec la mise en place d’un dispositif technique (le site internet) permettant de recueillir les informations sur les caractéristiques (économiques, écologiques et sociales) de la demande. Puis vient l’organisation sous forme de coopérative de petits producteurs répondant au cahier des charges résultant du dispositif technique. Enfin, la distribution du produit comporte un emballage qui informe les consommateurs de la démarche.

Cette façon de procéder n’est pas très éloignée des études de marché classiques proposées par le marketing. Elle s’en distingue toutefois par deux aspects.

Il s’agit, premièrement, d’une initiative de la société civile qui vise moins l’intérêt individuel que le bien-être général. Soulignons ensuite que les porteurs de ce projet envisagent de se regrouper en une société coopérative d’intérêt collectif (SCIC). Or une telle structure permet d’associer à la décision consommateurs et producteurs, offrant ainsi la possibilité de compléter le dispositif technique d’expression de la demande par une délibération interne (à la marque consommateur) ; une démocratisation du système est ainsi possible.

Passer du libéralisme au délibéralisme

Pour l’instant, cette initiative salutaire est l’œuvre d’un collectif qui a fixé seul le prix de départ. Il est désormais souhaitable, dans une perspective de démocratisation de l’économie, d’aller plus loin en établissant un processus délibératif (et non plus seulement agrégatif) en amont (débat sur l’élaboration des questions et des barèmes tarifaires) et en aval (discussions contradictoires sur le choix des régions testes, des distributeurs…).

Une telle démarche délibérative n’est pas seulement un plus démocratique ; c'est un garde-fou nécessaire. En effet, en organisant un débat contradictoire – notamment sur le prix, les conditions de production, la qualité, les contraintes de distribution – la délibération participe à l’information et à la prise de conscience des enjeux ; elle permet ainsi de continuer à discuter des valeurs du projet et de les garder en ligne de mire. Elle seule peut permettre de lutter durablement contre la récupération et le dévoiement toujours possible du projet, comme l’a illustré par le passé la grande distribution en abaissant les standards du bio et du commerce équitable.

« La face cachée du bio low cost », un film d’Éric Wastiaux (Documentaire HDTV, 2016).

Sur le plan théorique, cette initiative solidaire est un exemple concret de l’innovation économique portée par la société civile. Même dans une société globalisée, dominée par les arbitrages financiers, les citoyens peuvent avoir une influence sur l’économie.

Car cette dernière n’échappe pas à la volonté des acteurs : il s’agit d’un système de rapports sociaux où se confrontent des acteurs divers ayant des intérêts individuels et ou collectifs divergents. Et la meilleure façon de concilier ces antagonismes n’est pas de les nier par un régime de justification libéral qui laisse les forces oligopolistiques du marché dicter leurs lois aux dépens de l’intérêt général.

Or en démocratie, l’intérêt général est déterminé par la délibération collective, c’est-à-dire par la confrontation égalitaire, dans l’espace public, d’opinions différentes conduisant à l’adoption d’une norme commune qui peut, à tout moment, être remise en cause. Cette délibération démocratique, bien que minoritaire, existe dans l’économie contemporaine à travers certaines initiatives solidaires qui créent des « espaces publics de proximités » favorables à une régulation citoyenne, à l’image des régies de quartiers, accorderies ou tiers lieux.

Et il s’agit pour nous, chercheurs, de théoriser à partir de ces expériences concrètes un nouveau paradigme économique, pour penser l’économie comme une science sociale inscrite dans la société démocratique et non plus comme une science formelle régissant une sphère autonome échappant à la régulation politique. En d’autres mots, sortir du libéralisme pour entrer dans le délibéralisme.


 Les infortunes de la vertu

café philo de Fontainebleau

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  • Dimanche 27/11/2016
  • 21:29
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Un de mes amis organise un café philo à Fontainebleau, j'aime bien sont mauvais esprit , La prochaine séance aura lieu vendredi prochain, 2 décembre à partir de 19h.

Sujet

Les infortunes de la vertu

 

Longtemps, le consensus sur les valeurs morales a été unanime : aucun courant de pensée, même très contestataire, ne songeait à mettre en cause les bienfaits de la mesure, de la justice ou de l’honnêteté. Et puis soudain, tout a basculé. Pour ne citer qu’eux, Mandeville, le Marquis de Sade, puis Th. de Quincey ou Baudelaire – et tant d’autres après eux – ont chanté la sulfureuse beauté du Mal.

Les philosophes les plus éminents y ont apporté leur caution.

S’il faut remettre fermement en place les valeurs morales traditionnelles, comme l’esprit de l’époque semble le demander, ce ne sont pas les cinquante dernières années qu’il faut rayer de nos mémoires, mais plusieurs siècles.

Avons-nous clairement conscience de ce que cela signifie concrètement ?

Par exemple, quels auteurs faut-il supprimer de nos programmes d’enseignement ?

Info Jacques Croizer <jcroizer@aol.fr>


 mois de l'ESS à Malakoff

participation sur inscription

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  • Samedi 05/11/2016
  • 10:45
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Communiqué de presse

 

Pour la première fois à Malakoff, dans le cadre du mois de l'Economie Sociale et solidaire , une économie qui a du sens, 3 scop,Sociétés coopératives et participatives (Alicecoop, euroscop, Exprimpress) , une société coopérative d’intérêt collectif (CASACO) cinq associations (AMIS et Mouvement de l'Economie Solidaire, Alice Guy production, la bourse du travail) une banque coopérative (la Caisse locale du Crédit Mutuel), la librairie Ilot page avec le soutien de la Chambre Régionale de l'Economie Sociale et solidaire et de la municipalité de Malakoff organisent :

 

17 Novembre de 19 à 21h, un débat sur Media et Economie Sociale et Solidaire  : une autre information économique est-elle possible ?

avec le groupe ESS du PCF

Fanelie.CARREY-CONTE élue au conseil Régional d'Ile de France

François Longerinas de la coopérative de formation de journaliste, EMI

Jean Philippe Milesy de l’Humanité

à la bourse du travail, 28 rue Victor-Hugo, Malakoff

 

 

20 novembre de 19h à 21h, projection du documentaire d'Alima Arouali Bakhta et ses filles suivi d'un débat sur : un autre regard sur «  l'immigration »

cinq soeurs : Aïcha, Malika, Rachida, Horia et Alima, filles de Bakhta et Abdenbi, ont quitté l’Algérie pour la France en 1948.Le film propose une réflexion sur la conquête menée par ces femmes pour être libres d’agir en tout indépendance, d’échapper au carcan de leur milieu, et de décider de leur propre vie.

Avec la participation (sollicitée) de l'association Africa de la Courneuve

à ATELIER ZINZOLIN: Au 32 rue Etienne Dolet à Malakoff

 

24 Novembre de 19h à 21h projection du documentaire de Denys Pinningre et Pierre Guiard-Schmidt Africascop

suivi d'un débat sur la coopération plus forte que la concurrence ?

le film présente trois coopératives de producteurs du Burkina Fasso: « Garage tous unis » à Ouagadougou : atelier de réparation mécanique ; « Cotrapal » à Bobo-Dioulasso : production de jus et de fruits séchés ; « Zern-Staaba » à Po : tissage et couture.

Débat avec : Alicecoop, Casaco Euroscop, Exprimpresse, la caisse locale du crédit Mutuel

à CASACO 6 avenue Jean Jaurès à Malakoff

 

contact :

François Bernard

Alicecoop 0667229379

alicecoop@free.fr

Facebook.com/ economie sociale et solidaire à Malakoff

http://www.lemois-ess.org


 Imaginons un monde sans prostitution !

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  • Vendredi 21/10/2016
  • 10:29
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Nous avons le plaisir de vous présenter les dernières actions de Zéromacho :

1. les résultats du concours « Imaginons un monde sans prostitution ! »

Vous trouverez les trois textes primés par le jury de Zéromacho sur la page https://zeromacho.wordpress.com/actions/  action 50

2. Les brochures de Zéromacho résultant d’un travail collectif

Questions sur la prostitution 

avec traduction en anglais, allemand, espagnol et italien

Questions sur l’égalité femmes-hommes

avec traduction en anglais, espagnol et italien

Vous trouverez les textes sur la page https://zeromacho.wordpress.com/actions/  action 51

 

3. en bonus, « La loi de 2016 contre le système prostitutionnel » : un texte racontant son histoire et ouvrant sur ce qui reste à faire (en page d’accueil du site).

 

RAPPEL. La troisième rencontre nationale de Zéromacho aura lieu les samedi 19 (14h-19h) et dimanche 20 novembre 2016 (10h-15h) à Paris, avec une soirée festive le samedi.

Nous mènerons une réflexion en mixité, avec des Zéromachas (nos marraines), sur deux thèmes d’actualité : Le harcèlement sexiste et Comment dissuader hommes et garçons de devenir prostitueurs.

En outre, le samedi à 18h aura lieu l’Assemblée générale de l’association.

Pour participer à cette rencontre, il faut être adhérent à l’association Zéromacho  : l’adhésion est de 20 € par an ; vous pouvez payer en ligne ici https://www.helloasso.com/don/associations/zeromacho ou par chèque à l'ordre de Zéromacho, à envoyer à Zéromacho 80 quai de Jemmapes  75010 Paris.

Si vous pensez venir, merci de répondre ! Ne tardez pas à vous inscrire !

 

RAPPEL. Notre page Facebook est alimentée régulièrement avec des informations pertinentes qui peuvent vous servir de formation en ligne, vous fournir des informations et des arguments pour vos discussions. Venez rejoindre les 7 146 “ami-es’’ de la page :

https://www.facebook.com/Z%C3%A9roMacho-147617508668439/?fref=ts

 

Cordialement,

L’équipe de Zéromacho

Il y a sûrement dans votre entourage des hommes prêts à dire publiquement NON à la prostitution et OUI à l’égalité femmes-hommes. Prière de leur proposer de signer le manifeste sur le site http://www.zeromacho.eu/ ! L’union fait la force !

 Orient – Occident : une guerre des dieux ?

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  • Dimanche 09/10/2016
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Un article de mon ami Jacques Croizer vieux philosophe que j'aime bien (l'ami et l'article)

Dernier ouvrage paru : De quoi dieu est-il le nom ?, L’Harmattan, juillet 2016

 

 

 

 

 

Depuis un demi-siècle, les néolibéraux et les puissances d’argent occidentales tentent de transformer la planète en un immense marché obéissant uniquement à ses lois propres. Détenteurs des vrais pouvoirs de décision, ils n’ont pas cessé de nous faire avancer à marche forcée dans cette direction. Ils prennent sans doute au sérieux la saillie ironique de Voltaire : « quand il s’agit d’argent, tout le monde est de la même religion » et imaginent que le règne universel de l’argent aplanira les différends et apaisera tous les conflits et toutes les tensions. Dans les faits, nous ne connaissons que trop les conséquences pour nous, ici, de leurs dogmes et de leurs errements, à savoir les crises financières et économiques successives qui nous ont placés au bord du gouffre.

Dans le même temps, ces puissances dirigeantes se heurtent à des résistances d’une rare violence, dont elles peinent à comprendre les ressorts sociaux, politiques et les véritables mobiles. À leur grande surprise et à leur corps défendant, elles se trouvent même impliquées dans d’âpres querelles d’ordre théologique. Les querelles théologiques s’expriment dans un langage généralement hermétique et abscons, en apparence coupé de la vie réelle. Elles sont pourtant loin de ne concerner que le sexe des anges : il est en effet naïf de croire que la question de la transcendance de dieu, notamment, ne relève que de spéculations abstraites, aussi vaines qu’oiseuses. La question de sa représentation a provoqué de sanglants attentats, et suscite des réactions de masse épidermiques et spontanées un peu partout dans le monde musulman . Ceci suffit à signaler que nous sommes en présence d’enjeux majeurs.

Les deux phénomènes dont nous venons de parler n’ont certes aucun lien direct. Mais l’impasse dans laquelle les uns se sont visiblement enfermés alimente le sentiment de puissance des autres, en un cercle que nous avons peine à briser. Car ce sont deux logiques rivales qui s’affrontent. Comment échapper à l’une et à l’autre ? Tel est le problème qui se pose aujourd'hui à nous.

 

Transcendance de dieu et rapports de pouvoir

La question de la représentation de dieu est aussi ancienne que le monothéisme. Celui-ci a fait une première et brève apparition en Egypte ancienne, avec ce pharaon étrange et atypique qu’aura été Akhenaton, qui entreprendra de fermer les temples des anciens dieux et la destruction de leurs images et de leurs statues . Le cheminement du monothéisme au-delà de ce personnage singulier nous est presque entièrement inconnu. On sait seulement qu’il réapparaîtra des siècles plus tard dans le judaïsme. Celui-ci manifestera une rigueur particulière dans l’interdiction de représenter dieu, puisqu’ici il est même interdit de prononcer son nom – en vain du moins – acte considéré comme un blasphème et passible de la peine de mort. L’ensemble des traditions juives et la loi mosaïque tout d’abord, interdisent toute représentation de dieu parce que, dit-on, elle serait une incitation à l’idolâtrie. Cette explication ne suffit pas : un interdit aussi impérieux demande une enquête plus approfondie. Le sens originel de la prédication de Mahomet, dont on connaît la dette et l’influence du judaïsme sur sa propre pensée, est très semblable : il s’agissait en premier lieu pour lui de débarrasser la péninsule arabique des cultes idolâtres préislamiques. À la suite des juifs, il interdit donc toute représentation figurée de dieu. Le christianisme a dans l’ensemble une attitude plus permissive en ce domaine. Il a toutefois connu au moins une longue et violente crise à ce sujet, la crise iconoclaste qui a frappé l’Empire byzantin pendant près d’un siècle et demi . L’interdiction du culte des icônes, la destruction systématique de ces dernières par les empereurs et l’affrontement entre les iconoclastes (les « briseurs d’images ») et les iconodoules (les « serviteurs des images ») se sont accompagnés de sanglantes persécutions. À la Renaissance, certains protestants appelleront également à la destruction des images .

On peut tenter une explication politique simple de ces interdictions. Ainsi Akhenaton entendait-il vraisemblablement se libérer de la pesante tutelle d’un clergé tout-puissant. Pour ce faire, il lui fallait briser la très forte emprise que ce clergé exerçait sur les esprits. Loin de se borner au rôle d’auxiliaires dociles du seul authentique représentant des dieux sur terre (le pharaon), et étant à la tête d’une vraie puissance économique, les membres de ce clergé s’accordaient un droit de regard sur tout. Or le culte des images, dont ils étaient les gardiens, était leur meilleur moyen d’influence et d’injonction sur des foules simples et manipulables. De même, on peut soupçonner que les empereurs byzantins qui, pendant notre haut moyen-âge, se sont lancés dans une chasse aux icônes et à leurs supposés adorateurs, privaient ainsi les monastères d’une grande partie de leur puissance et de leur influence. Bien d’autres facteurs peuvent y être associés et fournir ensemble une explication à base de rivalités et de conflits d’intérêt ponctuels . Quoi qu'il en soit, peut-on supposer quelque chose de semblable à l’origine des attitudes juive et musulmane ? Même si, avant la conquête babylonienne, la destruction du royaume de Juda et l’exil, « l’une des fonctions essentielles d’un roi était d’être l’unique médiateur entre la divinité tutélaire et le peuple », il y a de solides raisons de douter que, pour les juifs, le tabou des images prenne ses origines dans un conflit comme ceux mentionnés plus haut – cette réserve valant a fortiori dans le cas de l’islam. Il faut donc chercher ailleurs les racines du phénomène. Dans les deux cas cités – et dans celui du protestantisme – la question des images et donc de la transcendance de dieu a joué un rôle circonstanciel dans des rapports de pouvoir rudes mais circonscrits, pendant une période donnée et pas au-delà. Mais c’est un rôle constant et bien plus profond qu’elle joue dans les sociétés concernées, y compris bien sûr lorsque cette question est tranchée et que sa réponse ne fait plus débat en leur sein. Car ce qui est en jeu ici, de façon non conjoncturelle, ce sont les règles et les contraintes imposées aux trois circulations discernées par Lévi-Strauss : celle des biens matériels (utilitaires et de prestige), des femmes, ainsi que des idées et des croyances. C’est ce que nous voudrions développer dans les lignes qui suivent.

 

Les règles de la circulation des biens et des femmes : voilà en dernière instance ce qui est en jeu. Or, à partir d’une base commune, les monothéismes – ces formes si particulières de la religiosité – divergent ici les uns des autres. C’est précisément cela que montrent leurs façons de concevoir leur divinité. Que faut-il en effet entendre par dieu ?

Il est impossible de rentrer ici dans les longues disputes médiévales sur la question de l’univocité - équivocité de l’être : si beaucoup de philosophes et théologiens soutiennent alors, à l’instar du juif Maïmonide, qu’entre dieu et nous, il n’existe aucune similitude, et qu’aucun des termes que nous avons fabriqués à notre usage ne peut lui être appliqué, d’autres, comme le très catholique Thomas d’Aquin, maintiennent, eux, qu’il existe entre ses propriétés et les nôtres un rapport d’analogie. Ainsi par exemple la bonté d’un homme et celle de dieu restent-elles alors à quelques égards comparables, même si ce qui est fini chez le premier est infini chez le second. Ainsi, le dieu de certains monothéismes mais pas des autres est radicalement transcendant, extérieur et supérieur à l’ensemble formé par ses créatures. Locuteur, Verbe ou source de tout verbe, tout ce qui existe est en quelque manière un message qui en provient, ou l’expression de sa volonté. Dans cette mesure, il est lui-même inexprimable, en retrait, et ne peut jamais se dévoiler tel qu’en lui-même. Pour paraphraser le vocabulaire de certains philosophes de l’époque contemporaine, mystère ontologique premier et suprême, il est « ce qui se voile dans tout dévoilement » .

Une chose est toutefois avérée et consensuelle à leurs yeux : il constitue à la fois le point d’origine, le but ultime et le point de suture, où toutes choses viennent se rassembler. L’ensemble des monothéismes doivent ainsi pouvoir se reconnaître dans la sentence d’Héraclite, selon laquelle dieu, c’est la coïncidence des contraires : « Dieu est le jour et la nuit, l’hiver et l’été, la guerre et la paix, la plénitude et la faim. Toutes les oppositions sont renfermées en lui, il prend des formes variées, comme le feu qui, quand il se mêle à des fumées, reçoit un nom conforme au goût de chacun » .

Depuis cette position transcendante, il unit donc, il rassemble et c’est ainsi qu’il donne leurs règles aux trois circulations mentionnées plus haut. De là-haut, il valide et garantit les alliances, les serments d’allégeance d’un vassal à son suzerain ou d’une tribu à une autre, et, d’une façon générale, toutes les hiérarchies. Aux yeux de ceux qui l’arrachent ainsi au monde, c’est grâce à cette position qu’il rend possible la vie sociale dans son ensemble – une vie sociale stable et pérenne, dans laquelle chacun respecte la position qui lui a été attribuée – notamment la position soumise qu’on attend de lui. Quelles que soient les différences de sensibilité entre les courants de pensée à l’intérieur de ces religions, le judaïsme et – beaucoup plus encore – l’islam s’en tiennent à cette vision des choses. Mais le christianisme occidental, pour sa part, est né d’une approche entièrement différente : selon lui, dieu a envoyé parmi nous et incarné son fils, et le corps sacré de ce dernier peut et doit être partagé rituellement par la communauté des fidèles lors de la célébration de l’office religieux. Cette voie très particulière se manifeste par plusieurs signes, et son choix a des conséquences majeures.

 

Le cas de l’Occident

Une façon de voir comme celle que nous avons sommairement résumée, procédant d’une rupture ontologique radicale, a tout d’abord pour effet qu’ici, il n’existe aucun moyen de se rapprocher de dieu, aucune pratique qui puisse combler le fossé abyssal entre lui et nous. Telles sont en effet, dans certaines cultures religieuses, les pratiques ascétiques. Très présentes notamment en Extrême-Orient, ces pratiques visent à nous unir à dieu en coupant les liens qui nous attachent au monde terrestre comme ceux qui rivent l’âme au corps. Tout à fait étrangères au judaïsme, ces pratiques ascétiques ne sont présentes dans l’islam que sous une forme limitée, encadrée et investie d’une signification propre : l’ascèse rituelle qui est un des piliers de cette foi n’est nullement destinée à créer un point de passage du croyant vers son créateur, mais au contraire à marquer symboliquement et avec régularité son entière soumission à une autorité qui le dépasse.

Précisément, le christianisme, lui, a emprunté aux religions de l’Orient lointain ces pratiques ascétiques, et, très tôt, il en a même fait son idéal et son modèle de vie. Or il n’est nullement exagéré d’attribuer à ces pratiques ascétiques chrétiennes et à leur transformation au fil du temps un rôle éminent dans l’Histoire de l’Occident – ainsi que dans le creusement d’un fossé d’incompréhension croissant entre lui et d’autres – le monde musulman en particulier.

Max Weber puis E. Troeltsch notamment ont étudié et montré le renversement, à l’entrée des temps modernes, de l’ascèse monastique en ascèse intramondaine, dans certaines parties de la chrétienté au moins – ainsi que les liens (« l’affinité élective ») qui existe entre ce renversement et le développement du capitalisme . Soudain, pour Calvin comme pour tous ceux qui adopteront le tout nouveau credo, ce ne sera plus le retrait loin du « monde » mais au contraire l’activisme économique et productiviste fébrile qui deviendra alors l’impératif suprême et la voie du Salut. Servir dieu, c’est mettre en valeur sa création, avec rigueur et sens de l’épargne. Inversement, la réussite de nos entreprises y est devenue le signe de ce que nous faisons partie des élus – pendant que la pauvreté, elle, devenait le signe d’une faute morale et d’une damnation annoncée . Comme le déclare Ayn Rand, égérie du mouvement libertarien, « l’argent est le baromètre des valeurs d’une société ». L’égoïsme est dès lors érigé au rang de vertu suprême. C’est ainsi qu’en ordre dispersé, la chrétienté occidentale a connu un lent processus de laïcisation, en même temps qu’elle voyait se mettre en place un système économique singulier, jusqu’à ce que, de nos jours, ne règne plus vraiment sur cette partie du monde qu’un seul et unique être transcendant – ou plus exactement auto-transcendant. Tout se passe en effet comme si le dieu chrétien avait achevé son incarnation et intégration à « ce monde »…

Car, à bien y regarder, sur l’Occident contemporain plane en réalité aussi un être transcendant ou auto-transcendant qui, à sa façon, réalise une forme de coïncidence des contraires : il s’agit de l’argent, qui est devenu l’ et l’ de toute la vie occidentale, conjointement avec la « main invisible » qui en est l’instrument ou le maître d’œuvre, qui déploie sa Loi suprême au-dessus de la vie économique et bien au-delà, et qu’on appelle le « marché ».

Le libéralisme pose en effet en fondement ultime du système que ce dernier possède par nature le pouvoir d’auto-transcendance et d’autorégulation spontanée. La suture à l’intérieur du monde dans lequel nous sommes, sera accomplie non pas par un intervenant extérieur, dieu ou encore l’Etat, mais par ce que le système va hypostasier comme une réalité en soi : le dit marché. « Le marché dit que… » est chez nous aujourd'hui le pendant de la loi mosaïque reçue sur le Sinaï, au milieu des flammes d’un buisson ardent. Pour les libéraux, son autorité est en tout cas sans contestation possible.

Rappelons ses principales caractéristiques.

Le marché dans sa conception libérale, souverain suprême et maître de toutes choses, possèderait le pouvoir éminent de s’autoréguler lui-même, et ceci pour le plus grand bien de tous. Il fixe en effet une norme générale de comportement. Celle-ci consiste comme nous venons de le voir à tenter de se distinguer en gagnant le plus d’argent possible. Chacun cherche et ne doit en aucun cas chercher autre chose que son intérêt financier individuel. Toute fin collective que nous nous fixerions ensemble représente une menace, tant pour la liberté de chacun que pour le bon fonctionnement du système. Hayek, grand doctrinaire du libéralisme ainsi que les plus purs partisans de ce système, les libertariens, voient une tentation totalitaire derrière toute norme de justice qu’on voudrait adjoindre aux règles immanentes du marché, ainsi que dans toute entrave à la marchandisation, même de nos organes.

Comme l’a remarquablement bien expliqué J.-P. Dupuy , dans l’imaginaire inoculé et imposé jour après jour par les relais des classes dominantes et des bénéficiaires du système, les prix du marché représentent bel et bien une sorte de vérité « transcendante » par rapport aux individus. Tout se passe comme s’ils leur préexistaient, comme s’ils étaient gravés d’avance quelque part dans le Ciel et seulement découverts par les acteurs du marché au moment où ils s’y présentent. Il s’agit bien sûr d’une erreur grossière et même, dit Dupuy, de la contradiction logique fondamentale du système : on y fait comme si nous étions soumis à une Loi objective, indépendante de nos actes, paroles et volontés, alors que le « marché » n’en est évidemment que l’expression. Pire encore : il va dès lors fonctionner aux prophéties auto-réalisatrices, qui induisent les comportements les plus erratiques. Tout le monde sait bien aujourd'hui que c’est le symptôme le plus criant de la pathologie inhérente au système.

Comment l’argent a-t-il pu acquérir un tel statut ?

Il y a un siècle, G. Simmel a presque tout dit à ce propos . Par nature, l’argent, dit-il, « exprime la relativité des choses et sert de pôle stable face à leur agitation ». C’est ainsi qu’au terme d’un processus qui s’est étalé entre la Renaissance, la Réforme et notre époque, l’argent a de facto pris la place de dieu, en qualité de « coïncidence des contraires ». L’essence même de dieu, explique Simmel, c’est d’unir sous lui toutes les diversités et contradictions du monde. Tout ce qui est étranger et inconciliable s’unifie sous lui et s’y compense, ce qui engendre paix, sentiment de sécurité ainsi qu’une richesse affective liée au sentiment de sa présence. La même chose vaut maintenant pour l’argent : il est le centre où les choses les plus opposées entrent en contact et peuvent être indifféremment échangées ou interchangées. Dès sa création en tant que monnaie fiduciaire, il avait donc d’emblée les propriétés nécessaires pour remplacer à terme tous les dieux, dans certaines parties du monde au moins .

On sait bien par ailleurs, notamment depuis Marx, comment, de moyen, il est devenu fin, le capitalisme ayant substitué au cycle économique classique, où l’argent n’est qu’un médiateur, destiné à fluidifier et faciliter les échanges : M – A – M (marchandise – argent – marchandise) un cycle étrange, où l’argent est au principe du cycle et où son accumulation illimitée est le but ultime de toute l’activité de production et d’échange : A – M – A, jusqu’à ce que, dans les dernières décennies, les financiers néolibéraux ne tentent frénétiquement de produire de l’argent avec de simples opérations de manipulations d’argent, dans un cycle mis en court-circuit : A – [M] – A, avec les conséquences proprement désastreuses (les crises financières à répétition) que l’on sait… L’argent est ainsi devenu l’ultime et unique causa sui, cause de sa propre existence – ce qui est la définition traditionnelle de dieu…

Le résultat de tout ceci est que, là où toutes les sociétés s’efforcent de minimiser les forces centrifuges qui menacent de distendre et détruire les liens sociaux – et la société concernée dans son ensemble – le libéralisme régnant s’efforce de creuser les écarts de richesse, donc de libérer ces forces de toute entrave, elles et leurs effets bénéfiques présumés .

 

Quelle alternative ?

Cette bifurcation entre des itinéraires ou des logiques si différentes en profondeur explique plusieurs choses à la fois. Car, comme d’autres parties du monde, jamais le monde islamique n’a adopté cette logique si particulière ni ne peut même la comprendre.

(1) Elle explique donc l’incompréhension foncière qui règne, bien au-delà des questions de mœurs qui semblent au centre de l’affrontement entre Islam et Occident. Pas plus que le Judaïsme, l’Islam n’a rien contre l’argent, mais il reste ici strictement subordonné à des impératifs et à une loi supérieurs. De même que la politique n’y est pas séparable du religieux, l’économie islamique n’est pas ou pas entièrement laïcisée et reste soumise, non à ses lois propres, mais à des prescriptions religieuses. D’où la conservation par elle et par la finance islamique en particulier du principe classique jadis énoncé par Aristote, puis par le Coran qui prohibe le prêt à intérêt, nerf moteur de toute l’économie capitaliste .

On pourrait donc dire que ceux qui aujourd'hui financent, arment et manipulent les groupes djihadistes retournent la puissance de l’argent contre ses adorateurs… Certes, le mode de fonctionnement de cette partie du monde est, comme partout ailleurs, adaptable, historique et variable. Mais, comme ces quelques lignes ont tenté de le faire apparaître, il existe bien une différence de structure entre lui et celui qui prévaut ici depuis l’entrée dans les temps modernes. Islamiser la planète, ce qui est le projet ouvert des uns, à peine dissimulé des autres, cela signifie lui appliquer la loi islamique. Celle-ci ne porte pas uniquement sur des questions de mœurs privées, mais aussi sur la vie économique.

(2) Nous venons de le voir et il n’est pas nécessaire d’insister sur le fait que le libéralisme délite le lien social et peine à empêcher les véritables conséquences des forces centrifuges qu’il provoque intentionnellement en créant des écarts de richesse exponentiels. La mission que se donnent les islamistes est précisément et à l’inverse de retisser des liens sociaux, sur une base ancienne et traditionnaliste. Depuis environ un demi-siècle, le néolibéralisme, disions-nous, a tenté de transformer la planète en un immense marché uniquement soumis à ses lois propres ? Le constat est désormais clair : cette tentative est un échec.

Pour faire simple : après un demi-siècle d’errements, l’Occident ne sait désormais plus où il va. Les puissances islamiques, si. Elles s’efforcent tout bonnement de s’engouffrer dans la brèche ouverte par ces errements. Cette analyse rejoint en cela le diagnostic de l’écrivain palestinien en exil Hassan Khader : « Certes, la dictature et l’absence de perspectives politiques ont contribué aux blocages des sociétés arabes. Mais cela est secondaire par rapport à ce soudain sentiment de puissance né de la richesse pétrolière, qui s’est traduit par un grand projet d’islamisation », qui est manifestement celui des principales monarchies du Golfe . Elles n’ont au fond rien de mieux à proposer qu’un vaste mouvement de retour en arrière, mais elles sont toutefois bien conscientes de venir remplir un vide… En ce sens, l’effondrement du bloc communiste et l’échec du nationalisme laïc dans le monde arabe ne sont les causes de ce qui arrive aujourd'hui que parce qu’ils ont libéré la place pour les deux logiques extrêmes et opposées qui s’affrontent actuellement et qui nous prennent en tenaille : la logique ultralibérale et la logique islamique.

(3) Malgré les voix chagrines qui pullulent et prospèrent aujourd'hui à droite et à l’extrême-droite, la vitalité et la créativité de l’Occident sont intactes et sa capacité d’innovation et d’entraînement, notamment dans tous les grands domaines technologiques, est toujours majeure et sans équivalent dans le monde. Que lui manque-t-il donc ? Affaibli et abêti par le règne du dogme néolibéral, il lui manque de savoir où il faut aller. La conclusion de cette analyse est dès lors claire : nous ne nous débarrasserons des difficultés qui nous accablent aujourd'hui qu’en les prenant à la racine, et nous ne sortirons de la situation que nous connaissons qu’en changeant nous-mêmes de logique. « Œuvre d’ignorant que d’accuser les autres de ses propres maux » : c’est le premier enseignement de la philosophie.

 


 

 


 VILLAGE DE CIRQUE

PAR LA COOPÉRATIVE DE RUE ET DE CIRQUE

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  PAR LA COOPÉRATIVE DE RUE ET DE CIRQUE

 

FESTIVAL DU CIRQUE SOUS CHAPITEAU : UNE DÉCOUVERTE À 360 DEGRÉS !

Depuis sa création en 2005, la coopérative De Rue et De Cirque accompagne et soutient les arts de la rue et du cirque, et organise des temps forts de programmation et de rencontres dans l’espace public parisien. Très repérés par le public et les professionnels, ces moments forts de découvertes et d’échanges éveillent l’imaginaire et la curiosité. Après les arts de la rue au printemps, place au cirque de création sous chapiteau à l’automne. Des échappées rendues possible par un engagement fidèle et régulier.


 OCTOBRE BOUGE

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Les Amis (Alternatives malakoffiotes pour l'initiative solidaire)
et L'ardeur présentent :


Octobre Bouge à Malakoff


DEUXIÈME ÉDITION DU FESTIVAL DE CONFÉRENCES GESTICULÉES MAIS PAS QUE !

Gesticulants 2016

VENDREDI 30 SEPTEMBRE 19  heures, La Décroyance, ou comment je suis devenu athée sans me brouiller avec ma famille par Jean-Philippe Smadja SAMEDI 1er OCTOBRE 9 h 30, atelier : laïcité, religions, croyances... c’est quoi le problème ? 14 h 30, L’Économystification, ou savoirs quand t’y fier ? par Philippe Cormont 17 heures, atelier de résistance aux logiques quantitatives 20 heures, Alors on danse, ou comment j’ai retrouvé le sens de l’orientation par Claire Caron DIMANCHE 2 OCTOBRE 9 h 30, atelier de survie à lemloyabilité 14  heures, A quoi je dis oui, ou comment retrouver la dynamique de notre histoire populaire par Bernard Friot 18  heures, atelier : comment ne pas se tromper de mobilisation et l’hypothèse du salaire à vie


  PREMIER WEEK-END
D’OCTOBRE 2016

 salle Jean-Jaurès11, avenue Jules-Ferry, 92240 Malakoff
station de métro et de vélib : Malakoff - Plateau de Vanves

C'est quoi, une conférence gesticulée ?
Une conférence gesticulée est une sorte d’OVNI, un objet verbal non identifié. Ou plutôt vachement difficile à définir. Le partage d’un savoir entre gens qui ne sont pas experts de ce savoir. Une parole bâtie avec la vie de celui qui parle et une bonne dose d’autodérision. Un outil d’éducation populaire inventé par Franck Lepage et la scop Le Pavé... Des « conf’ » y en a aujourd’hui près d’une centaine, avec autant de défintions que de gesticulants.
Le principe ? La rencontre entre des savoirs froids (ceux qu’on trouve dans les livres...) et des savoirs chauds (ceux de notre expérience, qu’on ne trouve nulle part). A l’arrivée, cela ne donne pas un savoir tiède, mais un orage !
C’est, avant tout, une drôle d’aventure. Car gesticuler, c’est aller au-delà de ce que l’on se croyait autorisé à dire. Donner de la voix parce qu’on est convaincu de l’urgence à faire, ensemble, ce « petit pas de côté » qui change radicalement notre vision du monde.
En pratique
ENTRÉE : 8 €
(conf + atelier)
PASS FESTIVAL : 24 €
Tarif réduit
pour les chômeurs,les précaires,les jeunes fauchés, les vieux  dans la misère et tous les autres survivants aux minimas divers...

Du vendredi soir au dimanche soir, buvette et petite restauration sur place. Du bon et du bio pour tous (à partir de 4  €).

FESTIVAL NON SUBVENTIONNÉ, AUTOGÉERÉ ET AUTOFINANCÉ...
Le prix des billets ne doit pas être un obstacle, aussi on calcule au
plus juste et on est prêts à trouver des solutions pour tout le monde. Après... à chacun de voir : si nous n’encaissons pas une bonne part d’entrées à tarif plein, il n’y aura pas de troisième éditon !

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 Echanges directs et voisinage similaire : deux paramètres nécessaires à l’apparition de comportements coopératifs ?

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  • Jeudi 04/08/2016
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Echanges directs et voisinage similaire :
deux paramètres nécessaires à l’apparition de comportements coopératifs ?

 

MyScienceWork, qui d'aprés wikipédia  est une entreprise qui développe des plateformes de promotion en ligne, destinées aux institutions de recherche. Chaque plateforme est intégrée à un portail international unique. Appelées Polaris, ces plateformes utilisent une variété de canaux disponibles pour optimiser la dissémination et la communication de la recherche : l’accès libre aux publications scientifiques, un moteur de recherche innovant et la vulgarisation scientifique1,2. Les plateformes Polaris sont connectées à une communauté internationale de chercheurs et passionnés de sciences via le portail MyScienceWork.com.

La coopération est l’opposé de la compétition. La théorie de l’évolution de Darwin est essentiellement basée sur la sélection dans un but de survie et donc de compétition. Or ce principe est remis en cause par un nouveau modèle mathématique développé par des scientifiques d’Allemagne, d’Angleterre et des Pays-Bas. Deux paramètres, la réciprocité et le voisinage, influençant les comportements et prises de décision, ont été testés selon les méthodes de la théorie des jeux. Les résultats de cette étude montrent que, grâce à ces deux paramètres combinés, les théories de l’évolution peuvent malgré la compétition développer des comportements d’entre-aide et de coopération pour l’intérêt collectif.

La coopération est l’opposé de la compétition. La théorie de l’évolution de Darwin est essentiellement basée sur la sélection dans un but de survie et donc de compétition. Or ce principe est remis en cause par un nouveau modèle mathématique développé par des scientifiques d’Allemagne, d’Angleterre et des Pays-Bas. Deux paramètres, la réciprocité et le voisinage, influençant les comportements et prises de décision, ont été testés selon les méthodes de la théorie des jeux. Les résultats de cette étude montrent que, grâce à ces deux paramètres combinés, les théories de l’évolution peuvent malgré la compétition développer des comportements d’entre-aide et de coopération pour l’intérêt collectif.

 

Le modèle le plus simple pour analyser la coopération en théorie des jeux est le « Dilemme du prisonnier ».Couramment utilisé en économie expérimentale, il propose à deux joueurs de choisir entre coopérer ou se désister sachant que la coopération des deux joueurs entraîne une récompense pour chacun. Les joueurs ont donc tous deux intérêt à coopérer. Une règle supplémentaire implique que, dans le cas où l’un des deux se désiste, ce sera celui qui aura coopéré qui perdra le plus. Ainsi, si les joueurs n’ont qu’un seul essai, on constate que chaque individu a personnellement intérêt à se désister bien qu’ils auraient gagné plus en coopérant. Ce système modélise le conflit entre bénéfice personnel et rationalité de l’intérêt commun.

 

Une étude publiée le 4 juin 2012 dans la revue en ligne PNAS par des équipes de l’université d’Amsterdam, de l’institut Max-Plank ‘Biologie Evolutive’ et de Harvard ont introduit dans le « dilemme du prisonnier » deux paramètres supplémentaires, la réciprocité et l’entourage d’une population similaire. Selon Matthijs van Veelen, économiste à CREED de l’université d’Amsterdam, « ces deux éléments ont été abondamment étudiés en dynamique sociale. Mais pris ainsi de façon indépendante aucun d’eux ne permet d’obtenir une situation de coopération. Pourtant les comportements collaboratifs existent et notamment chez l’espèce humaine. C’est ce que nous avons cherché à modéliser. »

 

Lorsque les joueurs sont mis une seule fois face au dilemme du prisonnier, ils auront tendance à toujours choisir de ne pas coopérer afin de minimiser les pertes. Si le « jeu » est reproduit plusieurs fois, les comportements sont alors modifiés par la prise en compte de la réaction de l’autre joueur au tour d’après. En effet, chacun peut craindre des représailles de la part de l’autre en réaction à une défection. La réciprocité est alors modélisée par la répétition. La situation atteint alors un équilibre appelé « équilibre de Nash » dans lequel aucun joueur n’a intérêt à changer sa stratégie. Ce résultat est très connu des économistes. Il est aussi utilisé en biologie, psychologie, législation et sociologie. Néanmoins si un choix désavantageux est introduit dans la succession des stratégies des joueurs (on force un joueur a ne pas coopérer) alors tout l’équilibre est rompu. La coopération totale des deux joueurs n’est alors plus conservée.

 

Diogènes aide Marat a s'échapper de l'asile. Source : quapan / Flickr
Coopération prisonier

Les chercheurs ont trouvé que l’ajout d’un second paramètre, la structure de population, pouvait alors permettre de retrouver de la coopération malgré la perturbation de l’équilibre. La structure de population est la prise en compte des échanges directs entre plusieurs participants voisins qui jouent selon la même stratégie. Ce genre d’interactions peut être trouvé dans plusieurs catégories de population. « Par exemple, explique Matthijs van Veelen, on considère selon un modèle simpliste que les frères et sœurs vont souvent prendre les mêmes décisions du fait de leur éducation commune. Une même culture au sein d’une population ou d’un pays peut aussi induire cet effet. » Ce paramètre est connu pour favoriser des sentiments comme l’empathie et des comportements d’entre-aide et de coopération.

 

« Grâce à notre simulation, nous étudions les interactions entre ces deux mécanismes, la réciprocité et la structure de population. Nous avons tracé l’ensemble des stratégies des individus obtenues en faisant varier ces paramètres. Cela nous a permis de distinguer des configurations dans lesquelles apparaissent des comportements coopératifs malgré une rupture occasionnelle de l’équilibre. » La coopération construite sur la base de la réciprocité uniquement n’est pas stable. Par contre, la combinaison des deux, par exemple répétition du jeu et quelques interactions au sein d’une population d’intérêt commun, permet de retrouver une coopération selon un équilibre stable.

 

« Selon les quantités ajoutées des deux ingrédients : rétribution et structure de population nous obtenons différents degrés de coopération : coopération maximale, oscillation entre coopération et désistement, désistement total. » Bien que ce modèle soit simpliste, ceci est particulièrement vrai pour les sociétés humaines. Nos tâches quotidiennes sont généralement répétitives. Le partage d’une information ou l’entraide sont des décisions qui opposent souvent intérêt commun et gain personnel. Mais les interactions directes entre les individus ajoutent à cela des éléments d’empathie, de respect etc. notamment au sein d’un même groupe, d’une même famille ou d’une population. « Les paramètres qui permettent la coopération sont donc différents à différents endroits du monde et dans différentes cultures. De manière générale, ceci nécessite des liens sociaux entre les individus ainsi que la répétition de la situation afin d’exercer une pression sur la prise de décision. » La présence de plus en plus importante des réseaux sociaux numériques, credo de la philosophie MyScienceWork, bouleversent nos rapports aux « autres ». Ils permettent de créer des structures de population d’intérêt commun sans qu’il y ait de rapprochement géographique. Les résultats théoriques de cette récente étude nous permettent donc de mieux comprendre le fort couplage entre web 2.0 et pratiques coopératives et collaboratives à grande échelle.

Voici une vidéo faisant partie du matériel associé à une récente publication sur la coopération chez les éléphants (voir En savoir plus)

Source : M. van Veelen, J. Garcia, D. G. Rand, M. A. Nowak. Direct reciprocity in structured populations. Proceedings of the National Academy of Sciences, 2012; DOI: 10.1073/pnas.1206694109

 

En savoir plus : Evolution de la coopération au sein d’une population dans un environnement spatial http://www.google.com/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=2&ved=0CFQQFjAB&url=http%3A%2F%2Fnimbios.org%2F~xavier%2Fmemoire.pdf&ei=Xk_YT829MMyt8QOb4MiQAw&usg=AFQjCNG6J3-TYhoPpd0qi9NLZvsXJRuqkQ

Elephants know when they need a helping trunk in a cooperative task http://www.pnas.org/content/108/12/5116

Les activités coopératives apparaissent de nos jours sous de nombreuses formes:

OuiShare : la communauté de l’économie collaborative http://consocollaborative.com/

Le Co-LabCoopération, co-opétition, collaboration, co-opportunité, économie collaborative, co-management, Co-Révolution… KesaCO? http://www.co-lab.fr/a-propos/